La MSHS accueille une nouvelle ingénieure d’appui à la recherche auprès du Réseau Thématique (RT) Éducation et des axes de la MSHS : Camille Frétier
Après 15 ans d’expérience en management de projets et d’équipes dans les champs de l’insertion et de l’éducation (Réseau Canopé, Cned), j’ai rejoint la MSHS en juin en tant qu’ingénieure d’appui à la recherche. J’accompagne la coordination et le pilotage du Réseau Thématique (RT) « Recherches autour des questions d’éducation » à l’échelle nationale ainsi que le développement des axes de recherche de la MSHS, dans une démarche d’interdisciplinarité. Située au bureau 1.27, je serai ravie d’échanger avec vous prochainement.
Prenez date : Edition 2026 de la semaine Data-SHS de Poitiers du 7 au 11 décembre prochain
Gaëlle Coz, Ingénieure d’études en production, traitement et analyse de données – Plateforme Universitaire de Données de l’Université de Poitiers, pour les plateformes de la MSHS
Les plateformes de la MSHS, qui assurent un relais local des Infrastructures de Recherche nationales Progedo et Huma-Num, accompagnent la communauté de recherche en SHES, d’une part dans l’utilisation des données et des méthodes quantitatives et d’autre part dans l’utilisation de l’infrastructure numérique mise à la disposition de la communauté pour la gestion des données de la recherche.
Dans le cadre de l’évènement national Semaine Data-SHS coordonné par Progedo, Huma-Num et le réseau national des MSH et qui a lieu chaque année, la deuxième semaine de décembre, la MSHS de Poitiers vous propose sa semaine Data-SHS. Cette semaine est l’occasion de proposer une série de conférences et d’ateliers visant à encourager les bonnes pratiques autour de la donnée. L’édition 2026 de Poitiers se déroulera du 7 au 11 décembre prochain à la MSHS et à la faculté de sciences économiques.
Au programme cette année :
– lundi 7 décembre matin : Ouverture et conférence de Progedo et Huma-Num
– lundi 7 décembre après-midi : Témoignages de chercheurs sur l’exploitation de grandes enquêtes
– mardi 8 décembre matin : Data et empreinte carbone
– mardi 8 décembre après-midi : Projection du documentaire Les coulisses de la stat
– mercredi 9 décembre : Initiation à R
– jeudi 10 décembre : Replication games
– vendredi 11 décembre matin : Initiation à Gitlab
Des précisions sur le contenu des interventions arriveront bientôt. En attendant, save the dates !
Appel à participation – Partagez vos travaux : 3 formats de médiation scientifique
Vulgariser nos travaux, susciter la curiosité et créer un dialogue direct entre le monde académique et les citoyens constituent une mission essentielle de notre établissement.
Pour la prochaine programmation dédiée à la médiation scientifique, nous vous proposons trois dispositifs distincts pour faire rayonner vos recherches, selon vos appétences et le temps que vous souhaitez y consacrer :
Format
Dispositif
Votre intervention
Podcast
Le podcast est enregistré et publié sur canal u.
Cafés-Lectures
Échanger autour d’un café avec l’auteur×e d’une publication récente
Diffusion d’un film & échanges avec la salle
Non enregistré
Ciné-débat
Amorcer un dialogue direct entre la recherche et la société en décryptant les thématiques d’un film.
Podcast
Le podcast est enregistré et publié sur canal u.
Recherche en mots
Expliquer un concept scientifique à partir d’un seul mot-clé.
Les prochaines actualités :
17 septembre: Rencontre avec Ariane Le Moing autour de l’ouvrage « Les artisans de l’interculturel »
Courant octobre : Ciné-débat sur le thème du post-partum. Débat animé par Nelly Goutaudier, Professeur de psychologie au CeRCA et le Dr Myriam Hadded Médecin Psychiatre au Centre de psychotraumatologie – CHL
Pour toute demande de participation ou d’information complémentaire, vous pouvez joindre Nathalie Marlet et Camille Frétier.
Projet de recherche IUF (2026-2031) par porté par Claudia S. Bianchini (FoReLLIS, Université de Poitiers)
Qui veut gagner des millions :– C’est votre dernier mot ? – Oui, c’est mon dernier mot ! Mais comment savoir si le joueur est vraiment sûr de la réponse qu’il vient de donner ?
Tout au long de l’interaction, ses paroles et son ton de voix peuvent nous mettre sur la voie : « je ne sais pas trop, mais logiquement… », « si je me rappelle bien… », « ça c’est facile ! ». Toutefois, dans la vie courante, dans près d’un quart des cas, seuls les comportements corporels — mouvements des mains ou du corps, regards, expressions faciales — dévoilent le degré d’(in)certitude d’un locuteur.
Le projet EpiCo — Épistémicité et dynamiques corporelles en langues vocales et signées (https://epico.hypotheses.org/) — explore ces manifestations corporelles de l’(in)certitude. Financé dans le cadre d’une chaire fondamentale junior de l’Institut universitaire de France (2026-2031), il cherche à comprendre comment l’ensemble du corps participe à l’expression de l’(in)certitude chez des locuteurs entendants du français et chez des locuteurs sourds de la langue des signes française (LSF).
Pour identifier les marqueurs de l’(in)certitude, EpiCo constituera un corpus en LSF et en français. Des locuteurs de ces deux langues seront filmés pendant qu’ils répondront à des questions de culture générale. Il leur sera ensuite demandé d’indiquer leur degré d’(in)certitude par rapport à la réponse fournie. Les vidéos seront également soumises à l’évaluation de locuteurs de la même langue, dans le cadre d’une démarche de sciences participatives, afin de vérifier comment ce degré d’(in)certitude est perçu.
L’analyse de ce corpus permettra ensuite de déterminer quels marqueurs de l’(in)certitude sont communs au français et à la LSF, et lesquels sont spécifiques à l’une ou l’autre de ces langues. Elle visera également à comprendre comment les différentes parties du corps se coordonnent pour exprimer l’(in)certitude, afin de poser les bases d’une identification automatique de ces marqueurs.
Pour analyser ces données, il est nécessaire de décrire finement les caractéristiques articulatoires des postures et des mouvements corporels qui contribuent à exprimer la certitude et l’incertitude. Le projet EpiCo s’appuiera pour cela sur le développement de Typannot (https://www.typannot.com/), un système typographique de transcription articulatoire de la gestualité et des langues des signes. Fondé sur des principes descriptifs issus de la biomécanique, Typannot permet de représenter de manière cohérente les postures et les mouvements de l’ensemble des segments corporels.
Le projet contribuera notamment à compléter la description du mouvement et de la temporalité dans Typannot, ainsi qu’à développer des outils de transcription automatique fondés sur des logiciels d’estimation de la posture. Les transcriptions ainsi produites pourront être visualisées et vérifiées à l’aide d’un avatar, qui constituera également un outil de validation des systèmes développés dans le cadre du projet. Ces développements seront menés en étroite collaboration avec l’équipe GestualScript de l’École supérieure d’art et de design d’Amiens (ESAD) et le laboratoire ISIR de Sorbonne Université.
Au-delà de la recherche fondamentale, EpiCo développera des corpus, des méthodes et des outils ouverts pour mieux comprendre le rôle du corps dans la communication. Ces ressources pourront notamment contribuer à la didactique des langues et à la formation des interprètes. Les outils de transcription automatique et l’animation par avatar permettront également d’envisager l’analyse quantitative de mouvements corporels, qu’ils soient communicatifs ou non — par exemple dans les gestes sportifs ou techniques.
ORALITÉS-BD : donner à voir la variation du français dans la bande dessinée francophone
Projet de recherche IUF (2026-2031) porté par Laurie Dekhissi (FoReLLIS, Université de Poitiers)
Laurie Dekhissi, maîtresse de conférences en sciences du langage à l’Université de Poitiers, sera membre junior de l’Institut Universitaire de France à partir du 1er octobre 2026. Elle y développera pendant cinq ans le projet ORALITÉS-BD, consacré à la manière dont l’oralité du français est représentée, transposée et perçue dans la bande dessinée francophone contemporaine. Ce projet prolonge des travaux engagés dans le projet PRISM-BD (2024-2026), consacré aux représentations des minorités dans la bande dessinée, et enfin le projet COMIC (Création, Mémoire et contestation par la bande dessinée, 2026-2028).
La bande dessinée s’est imposée comme un champ de création à part entière, mais elle reste largement ignorée des linguistes, contrairement à la littérature ou au théâtre, alors même qu’elle donne à voir la langue autrement : par le texte, mais aussi par l’image, la typographie ou les effets graphiques qui mettent en scène l’oral représenté. La question directrice du projet est la suivante : comment la BD francophone représente-t-elle la variation et l’oralité du français, et que peuvent apporter ces représentations à la compréhension et à l’enseignement de la diversité linguistique en classe de français langue étrangère ?
Pour y répondre, le projet s’appuiera sur un corpus d’envergure de bandes dessinées francophones, puisé notamment dans la bédéthèque de la MSHS qu’il continuera d’alimenter, sélectionnées pour leur diversité géographique (France, Québec, Afrique, Caraïbes, océan Indien) et linguistique (français standard, familier, régional, formes de plurilinguisme). L’analyse croisera trois volets : un volet linguistique, centré sur les phénomènes de variation lexicale, morphosyntaxique et phonographique ; un volet sémiotique, attentif aux dispositifs graphiques de transcription de l’oral (bulles, typographie, onomatopées) ; un volet didactique, tourné vers la conception de séquences pour l’enseignement du FLE.
Le projet s’appuiera sur le Service de Numérisation et d’Accompagnement de Projets en Humanités Numériques (SNAP-HN) de la MSHS, dont l’appui sera déterminant à deux égards : par la numérisation des BD du corpus, et par le développement, avec l’ingénieur d’études Hugo Semilly (FoReLLIS-MIMMOC), d’un logiciel dédié qui permettra de mener l’analyse linguistique proprement dite.
Au-delà de son apport scientifique, le projet a pour ambition de faire entrer la variation francophone (aujourd’hui quasi absente des manuels) dans les curricula de FLE, notamment à travers un mini-MOOC et de contribuer à une approche plus inclusive de la francophonie.
Le projet donnera notamment lieu à un colloque international, Stylisation des oralités et variations francophones dans la bande dessinée, qui réunira à Poitiers chercheurs, auteurs et éditeurs de l’espace francophone.
Projet IUF « Chronosphère » : penser nos rapports au temps à travers la fiction
Projet de recherche IUF (2026-2031) porté par Jessy Neau (FoReLLIS, Université de Poitiers)
Des romans de Joyce Carol Oates, Maylis de Kerangal, Paul Lynch ou Emily St. John Mandel, aux séries RussianDoll, Severance, ou ThePitt, la littérature contemporaine et les séries télévisées multiplient les expérimentations narratives liées au temps : uchronies, boucles de répétition ou causales, récits en temps réel ou superpositions d’époques interconnectées. Pourquoi une telle fascination pour ces architectures complexes ? C’est ce qu’explore le projet de recherche IUF « Chronosphère », qui vise à cartographier les « régimes temporels » dans la fiction contemporaine. Face à des phénomènes tels que l’accélération numérique, l’éco-anxiété ou l’épidémie de nostalgie, les sciences humaines prolifèrent de concepts pour diagnostiquer la crise du présent. Le projet s’appuie sur l’hypothèse que la fiction ne se contente pas de refléter ces angoisses, elle produit activement de nouvelles manières d’habiter et de comprendre le temps.
Pour démontrer cela, ce projet ambitionne d’examiner les territoires partagés et les hybridations entre la littérature et les séries télévisées, en actualisant l’appareil narratologique commun aux deux médiums, qui tous deux négocient des temporalités singulières dans leurs modes d’écriture comme de réception. Le projet s’appuie sur un corpus international privilégiant des genres comme le thriller, le polar ou la science-fiction mais sans s’y réduire. Il s’agit d’abord de cartographier les concepts et discours actuels sur le temps (accélération, atemporalité, solastalgie, impératif de la « déconnexion ») dans les sciences humaines et sociales. Le cœur analytique du projet disséquera les architectures temporelles dans la fiction pour comprendre comment les formes narratives se lient à des manières de thématiser, figurer, conceptualiser le temps. Enfin, le projet étudiera comment ces fictions construisent notre devenir-commun en interrogeant l’expérience du public, qu’il s’agisse de la maîtrise du lecteur face à l’objet-livre, de l’immersion fanique du spectateur ou de l’intégration des récits
En jetant les bases d’une poétique comparée entre littérature et séries, « Chronosphère » montre que la culture populaire est un laboratoire essentiel pour penser notre présent. C’est là que se négocient nos imaginaires face aux crises, nous aidant ainsi à donner forme au chaos de l’expérience temporelle.
FEEDBACK : les retours en classe, un levier inaperçu des inégalités scolaires
Projet de recherche IUF (2026-2031) porté par Sébastien Goudeau (CeRCA, Université de Poitiers)
Un « très bien », un froncement de sourcils, une correction glissée à voix basse, un encouragement. À chaque instant, les enseignantes et les enseignants renvoient à leurs élèves des signaux sur ce qu’ils savent et sur ce qu’ils valent. Ces retours, ou feedback, sont au cœur de l’apprentissage. Mais sont-ils distribués de la même façon à tous les élèves, et avec quels effets sur celles et ceux qui les reçoivent ?
C’est la question que porte FEEDBACK (Feedback for Equitable Education), le projet que je développerai dans le cadre de ma chaire fondamentale IUF Senior. L’hypothèse prolonge mes travaux antérieurs : les inégalités scolaires liées à l’origine sociale ne se jouent pas seulement en amont de l’école, dans les familles, mais se construisent aussi dans les interactions ordinaires de la classe. Mes recherches précédentes ont montré que, dès la maternelle, les élèves de milieux populaires obtiennent moins d’occasions de prendre la parole, à compétences langagières pourtant équivalentes. Le feedback pourrait fonctionner de la même manière, comme un mécanisme discret de reproduction des inégalités.
Le projet s’organise autour de deux objectifs. Le premier consiste à mesurer, à partir d’observations menées directement en classe, si les feedback cognitifs, évaluatifs et affectifs sont distribués inégalement selon l’origine sociale des élèves. Le deuxième vise à évaluer les effets de ces différents types de retours, à court terme et sur l’ensemble d’une année scolaire, sur la maîtrise des apprentissages, l’estime de soi, le sentiment d’appartenance, le bien-être et la réussite.
Le projet mobilise des dispositifs d’observation et d’analyse des comportements en situation, au plus près de la pratique enseignante. Cette approche, exigeante sur les plans méthodologique et éthique, permet de saisir des dimensions du quotidien scolaire qui échappent aux enquêtes classiques : le climat de la classe, la qualité des relations, la nature des échanges.
L’enjeu n’est pas de mettre en cause les enseignant·es, dont les retours procèdent le plus souvent de bonnes intentions et d’automatismes difficiles à percevoir. Il est de rendre ces mécanismes visibles pour se donner les moyens d’agir. En documentant la façon dont les feedback se distribuent et produisent leurs effets, FEEDBACK entend fournir aux professionnel·les de l’éducation des leviers fondés sur des données probantes pour rendre la classe plus équitable.
La délégation IUF offre le temps long qu’exige un tel projet : observer des classes sur la durée, construire des partenariats de confiance avec les écoles, et former une nouvelle génération d’enseignant.es attentifs et attentives à ces questions.
Retours sur événements
Les Bêtes du Gévaudan ou la raison d’État : retour sur une contre-enquête
Par Germain Rousseaux, directeur de recherche au CNRS (équipe Curiosity, Institut Pprime)
Les 5, 16 et 30 juin 2026, la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de Poitiers a accueilli un cycle de trois conférences consacré aux « Bêtes du Gévaudan ». Présentée sous la forme d’une contre-enquête, cette série proposait de reprendre l’un des dossiers criminels les plus célèbres du XVIIIe siècle en confrontant les archives aux méthodes contemporaines de l’analyse scientifique. Les trois rencontres, organisées en chapitres successifs, ont permis d’exposer l’affaire, de présenter une hypothèse de résolution, puis d’en discuter les preuves, les limites et les prolongements interdisciplinaires.
Entre juin 1764 et juin 1767, le Gévaudan et plusieurs territoires voisins furent frappés par une succession d’attaques contre des êtres humains, principalement des femmes et des enfants. L’ampleur géographique de l’affaire, le nombre des victimes, la répétition des attaques et leur retentissement médiatique conduisirent progressivement l’administration royale à intervenir. Ce qui aurait pu demeurer une tragédie locale devint une affaire nationale, suivie par les gazettes françaises et européennes, au point que Le Courrier écrivait, le 26 mars 1765, qu’il ne se passait rien « en France ni dans l’univers » dont les curieux fussent aussi empressés d’être instruits.
Le premier chapitre, « L’Affaire », présenté le 5 juin, a consisté à restituer les événements sans partir de leur interprétation traditionnelle. Il s’agissait de revenir aux données disponibles : dates et lieux des attaques, profils des victimes, témoignages, blessures, réactions de l’animal ou des animaux, déplacements supposés, battues et interventions successives des autorités. Cette démarche fait apparaître une signature prédatrice difficile à réduire à celle d’un loup ordinaire. Les récits, malgré leurs inévitables variations, mentionnent notamment des blessures profondes, des décapitations, le transport de certaines victimes, une grande mobilité sur des terrains accidentés, une résistance inhabituelle aux tirs et une défiance persistante envers les appâts.
La difficulté tient à la nature même du dossier. Les sources ne constituent pas le compte rendu homogène d’une expérience reproductible. Elles sont dispersées entre correspondances administratives, procès-verbaux, témoignages, registres paroissiaux, relations imprimées et récits postérieurs. Chacune doit donc être replacée dans son contexte de production. Une déposition rapporte une perception individuelle, un procès-verbal répond à une procédure, tandis qu’une gazette peut participer à la construction publique ou politique d’un événement. La contre-enquête consiste ainsi moins à accumuler les anecdotes qu’à rechercher les concordances indépendantes, les régularités et les incompatibilités entre les différentes hypothèses. Une hypothèse étatique a consisté à examiner la manière dont le pouvoir royal a cherché à reprendre le contrôle d’une affaire devenue embarrassante pour son autorité. Il ne s’agit donc pas seulement de demander ce qui attaquait les habitants du Gévaudan, mais aussi de comprendre comment une vérité officielle a été construite et diffusée. L’affaire connaît deux clôtures. En septembre 1765, le grand loup tué par François Antoine, porte-arquebuse du roi, est officiellement présenté comme la Bête. L’animal est montré à la cour et la victoire du pouvoir royal est célébrée. Pourtant, après une interruption, les attaques reprennent. En juin 1767, un autre animal est abattu par Jean Chastel à la Sogne d’Auvers. Cette fois, les attaques cessent immédiatement et définitivement. La superposition ultérieure de ces deux épisodes a contribué à fixer l’image rassurante d’un loup exceptionnel, tout en laissant dans l’ombre les contradictions du dossier.
La « raison d’État » intervient ici comme un mécanisme historique d’élaboration d’un récit acceptable. Après avoir mobilisé ses représentants, ses soldats, ses chasseurs et son prestige, la monarchie pouvait difficilement reconnaître que la première solution proclamée n’avait pas mis fin aux attaques. L’enjeu de la contre-enquête n’est pas d’imaginer un complot omniscient, mais d’étudier la convergence d’intérêts politiques, administratifs et symboliques qui a favorisé une clôture officielle de l’affaire avant sa résolution effective.
Le deuxième chapitre, « La Révélation », présenté le 16 juin, a exposé l’hypothèse, animale qui visait à identifier les prédateurs dont la morphologie, le comportement de chasse, la puissance mécanique et l’adaptation au relief pourraient rendre compte simultanément des principaux témoignages.
Le troisième chapitre, présenté le 30 juin, était consacré à « l’administration de la preuve textuelle et au temps de l’analyse scientifique ». Il a permis de distinguer trois niveaux qui sont souvent confondus : les faits établis, les indices convergents et les hypothèses restant à vérifier. Une hypothèse explicative ne devient scientifique que si elle accepte d’être testée, comparée à des hypothèses concurrentes et, le cas échéant, réfutée. Les échanges avec le public ont ainsi porté sur la fiabilité des témoignages, l’anatomie comparée, la biomécanique des attaques, la topographie de la Margeride, les distances parcourues et les conditions historiques de circulation d’animaux non endémiques.
Ces rencontres marquent donc moins l’achèvement d’une recherche que le passage d’une enquête individuelle à un programme collectif. Un consortium interdisciplinaire est désormais appelé à réunir historiens, spécialistes des archives, zoologues, vétérinaires, éthologues, biomécaniciens, géographes, physiciens et chercheurs en sciences des données. L’objectif sera de soumettre la double hypothèse à une série de vérifications indépendantes et quantitatives.
L’affaire des Bêtes du Gévaudan montre finalement ce que peut apporter un dialogue exigeant entre sciences humaines et sciences physiques. Loin de dissiper le mystère par une explication spectaculaire, la contre-enquête cherche à transformer une énigme historique en objet scientifique. Elle invite à ne pas choisir entre l’histoire d’un animal et celle d’un État : c’est précisément leur articulation qui pourrait fournir la clé d’une affaire vieille de plus de deux siècles.
Le projet interdisciplinaire destiné à éprouver scientifiquement cette hypothèse n’a pas été financé par le programme interdisciplinaire et ouvert sur la société UP-Squared lors de l’AAP 2IR 2026, l’absence d’un historien universitaire ayant été jugée rédhibitoire malgré la participation de deux historiens amateurs connaissant intimement le dossier. Une conclusion provisoire s’impose : dans l’affaire du Gévaudan, la version officielle avait déjà l’avantage de l’autorité sur celle des témoins ; en 2026, l’autorité du statut paraît encore pouvoir l’emporter sur l’examen des pièces. La contre-enquête devra donc attendre que l’officieux reçoive l’autorisation officielle de contester l’officiel.
Les transparents des trois présentations sont téléchargeables sur le site HAL : https://hal.science/hal-05700054v1 . Des vidéos des 3 présentations seront disponibles ultérieurement.
Les 11 et 12 juin 2026, la Maison des Sciences Humaines et Sociales de Poitiers a accueilli le colloque international OPEN, consacré aux « Enjeux sociaux de l’inclusion/exclusion numérique : de l’observation à l’intervention ». Pendant deux jours, chercheurs, professionnels et représentants de collectivités ont croisé leurs travaux et leurs expériences autour des différentes formes d’éloignement numérique et des réponses qui peuvent y être apportées.
Ce colloque venait clore une première phase du projet d’Observatoire Permanent de l’Exclusion Numérique (OPEN), lauréat du programme UP-SQUARED de l’Université de Poitiers. Porté par le laboratoire TECHNÉ, en partenariat étroit avec la Ville de Poitiers, OPEN vise à mieux documenter les contours de l’exclusion numérique à l’échelle d’un territoire et à comprendre les mécanismes qui peuvent limiter l’accès et la participation des citoyens. Le projet a réuni plusieurs collègues issus de différents laboratoires de l’Université de Poitiers (CRIHAM, FoReLLIS, GRESCO, Migrinter et TECHNÉ) et articule enquêtes de terrain, analyses scientifiques et collaboration avec les acteurs locaux de l’inclusion numérique (RACINNE).
Le colloque a permis de mettre les travaux conduits dans le cadre d’OPEN en dialogue avec des recherches menées en France et à l’international. Les situations étudiées étaient très diverses : jeunes en situation de précarité, seniors, accès aux droits et aux services publics, publics scolaires, médiation numérique ou encore territoires ruraux. Les échanges ont également permis d’élargir la réflexion à d’autres contextes, avec des travaux portant notamment sur la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Québec.
Les échanges ont notamment mis en évidence la diversité des situations regroupées sous la notion d’« exclusion numérique ». Les difficultés varient selon les contextes, les démarches à effectuer, les ressources disponibles et les parcours individuels. Une personne autonome pour certains usages peut ainsi se retrouver en difficulté face à une démarche administrative dématérialisée. Cette approche conduit à penser l’éloignement numérique comme un continuum de situations et de pratiques plutôt que comme une opposition entre « inclus » et « exclus ». Cette approche structure les travaux engagés dans le cadre d’OPEN.
Le programme a également laissé une large place au dialogue avec les acteurs de terrain. Une table ronde consacrée à « la responsabilité des pouvoirs publics dans l’inclusion numérique » a réuni des représentants de plusieurs collectivités et structures territoriales. Les « Flash OPEN » ont permis de partager des travaux conduits dans le cadre du projet sur la définition de l’éloignement numérique, les seniors connectés, la médiation et l’enquête « Le numérique et vous ».
Ces deux journées ont donné tout son sens au sous-titre du colloque, « de l’observation à l’intervention », en mettant en discussion les travaux de cette première phase et les conditions de leur traduction dans l’action. Le colloque clôt ainsi une première étape d’OPEN, tout en ouvrant la suivante : publier les résultats, élargir les collaborations et faire de l’observation des situations d’exclusion numérique un appui pour l’action sur les territoires.
Parler politique : Cartographies – Un colloque international à la MSHS
Charlotte Krauss (FoReLLIS, Université de Poitiers) et Marion Picker (MIMMOC, Université de Poitiers)
Les 25 et 26 juin 2026, la MSHS de Poitiers a accueilli le colloque international Parler politique : Cartographies, troisième et dernier rendez-vous d’un cycle de rencontres scientifiques réunissant l’Université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca (Roumanie), Nantes Université et l’Université de Poitiers. Après deux premières éditions organisées à Cluj (2024) puis à Nantes (2025), cette rencontre est venue clore un premier cycle consacré aux multiples façons de penser le politique à travers les discours, les représentations et les pratiques de l’espace.
Organisé par Charlotte Krauss (FoReLLIS), avec le soutien de l’Université de Poitiers, de la MSHS, de FoReLLIS et de MIMMOC, le colloque a réuni une quinzaine de chercheurs issus de plusieurs pays et disciplines : littérature, linguistique, sciences politiques, géographie et études culturelles. Cette diversité a permis d’aborder la notion de cartographie sous des angles complémentaires, qu’il s’agisse des cartes comme instruments de pouvoir, de la représentation des territoires dans les œuvres littéraires et cinématographiques, des paysages linguistiques, des mobilités ou encore des enjeux de mémoire et de résilience. Les communications ont illustré la richesse de cette approche transdisciplinaire : elles ont porté sur la cartographie politique d’Aby Warburg, les élections en Roumanie, la politique linguistique universitaire, les cartes fictionnelles, les traditions cartographiques roumaines ou encore les représentations des catastrophes naturelles et de leurs mémoires. Enfin, les échanges ont accordé une place aux collaborations pédagogiques internationales, à travers un retour d’expérience sur les mobilités Erasmus.
Le colloque a également mis en valeur les liens entre recherche et formation. Une présentation de cartes réalisées par les étudiants du Master Géographie, consacrées au politique au sens large, a été organisée au Centre de documentation de la MSHS. Elle a offert un prolongement concret aux réflexions scientifiques. Elle a offert un prolongement concret aux réflexions scientifiques. Au-delà de la qualité scientifique des interventions, cette rencontre a confirmé la solidité d’un partenariat entre les trois universités, nourri par les échanges Erasmus, les collaborations de recherche et les cotutelles doctorales. Ce colloque ouvre la voie à une publication collective dans la revue Dacoromania Litteraria, ainsi qu’à la préparation d’un second cycle de rencontres, témoignant de la vitalité de cette coopération internationale et du rôle de la MSHS comme lieu privilégié de dialogue interdisciplinaire et européen. En prenant les cartographies comme fil conducteur, le colloque a montré que les cartes ne sont pas de simples outils de représentation, mais aussi des objets culturels et politiques qui façonnent notre compréhension des territoires, des langues, des identités et des imaginaires.
La médialité vidéoludique – Espace de rencontre et de braconnage
Créateurs – Textes littéraires – Joueurs (26 février 2026)
Alina González Mediano (Docteure associée Didactique de la littérature, Criham), Laura García Almeida (Maîtresse de conférences en Études hispaniques, MIMMOC), Diana Crețu-Millogo (PRAG, Maison des Langues et chercheuse, FoReLLIS), et Ana Egea Pérez (doctorante en civilisation espagnole, MIMMOC) – Université de Poitiers
L’« After-colloque », soutenu par R3NumEd et MIMMOC, a été une occasion inédite de revenir sur les résultats des deux JE organisées en septembre 2025 et de réexaminer via le processus de création vidéoludique des notions telles que littérature squatteuse, « braconnage », et bien sûr, adaptation, en les reliant in fine à l’enseignement à travers la pédagogie de la créativité. Tout comme l’intelligence, la créativité peut se manifester chez toutes et tous, si l’on sait (ou si l’on apprend à) la saisir dans ses multiples expressions et la cultiver par la suite.
Photo 1 : Équipe organisatrice et conférenciers invités
Pour les chercheuses organisatrices, cette créativité personnelle (little c), comprise comme l’engagement des acteurs dans une méthodologie du changement, devient dans le contexte actuel des études littéraires le véhicule des formes vidéoludiques des textes. L’enjeu reste le même : favoriser la découverte et l’approfondissement des œuvres dans de nouveaux réagencements naissants. Le mieux, c’est encore une découverte concrète, cette lecture maintenante, que les étudiants de Licence et Master LLCER Espagnol et Anglais ont saisie, lors des sessions expérimentales de play test dès l’ouverture du colloque.
Photo 2 : Étudiantes en session de game play – jeu LBH 2.0
À la suite, Anaïs Guilet (MCF Université Savoie-Mont-Blanc), dans sa conférence « Pour une littérature squatteuse-Réflexion littéraire à partir du jeu vidéo : What Remains of Edith Finch » a illustré ce constat. La littérature est en mouvement, « squatte » et dialogue avec différents types de média, par des pratiques artistiques contemporaines variées. Dans son game play, la trace devient principe même de narration : lire les objets, journaux et reliques permet de réactualiser les existences disparues.
Ce préambule s’est déplacé après sur le terrain de conception des créateurs lors d’une table ronde avec Pippin Barr (Eveline), Alina Gonzalez et Samuel Frèche (LBH 2.0 et 3.0). Diana Cretu Millogo a conduit les échanges autour de sujets « inépuisables » en réalité, tels que la matérialité du jeu vidéo, la lecture « du bout des doigts », le choix du minimalisme pour re-questionner les grands mythes ou encore l’intention de donner plus de liberté aux personnages du jeu par rapport aux textes de départ.
Photo 3 : Table ronde des concepteurs
En début d’après-midi, Diana Cretu Millogo (Eveline), Ana Egea Perez (Quijote) et Laura Garcia Almeida (Hidalgo), ont pris les choses en main : chercheuses-joueuses, elles se sont placées au centre d’une performance de lecture ludique. Leur partie de jeu en direct les a conduites à éprouver une lecture performative, où la gestuelle, les commentaires à la marge et l’interprétation, ont mis le texte en mouvement, s’émancipant du cadre et des règles de game play établis par les concepteurs.
Photo 4 : Les sessions de lecture in vivo
En clôture, Isabelle Capron Puozzo et Aleksandra Vuichard (enseignantes-chercheuses, Haute École pédagogique du Valais, Suisse) ont abordé la question de la créativité sous l’angle d’un processus évolutif qui définit la lecture de la littérature en format jeu vidéo comme une prise de beaux risques. Elles ont essayé de conceptualiser les expériences de jeu des chercheuses-organisatrices, prolongeant la discussion dans le domaine de l’éducation. La puissance de leur démonstration concernant « l’habilité cognitive de la création » a permis ainsi de conclure cet « After-colloque » sur la plus-value de réitérer les interconnexions d’une expérience de lecture vidéoludique qui n’est plus vraiment à l’heure de la découverte, mais à celle d’un infini des possibles.
Photo 5 : Conférence, Isabelle Capron Puozzo et Aleksandra Vuichard
Réseaux
Vous pouvez retrouver l’actualité du réseau R3 NumEd via le lien suivant : Lien
L’année universitaire débute et le R3-LPP reprend ses activités. Retrouvez ci-dessous les dates à ne pas manquer pour les mois de septembre et octobre :
[Webinaire] La place de la recherche dans la fabrique de la décision – Mardi 13 octobre, 13h-14h, Zoom
Second webinaire de la dynamique inter réseaux de Nouvelle-Aquitaine, ce webinaire portera sur la recherche et la prise de décision, avec le cas du projet La Rochelle Territoire Zero Carbone. Les intervenants reviendront sur ce projet partenariat multi-acteurs et partageront leur expérience de collaboration, enjeux rencontrés, et les enseignements qu’ils en tirent pour nourrir le dialogue entre recherche et décision publique.
[Journée d’études] Restitution des avancées des 3 groupes de travail de l’axe Evaluation – Jeudi 22 octobre, Université de Poitiers
L’axe 2 du R3-LPP, consacré à l’évaluation des politiques publiques, organise sa première journée d’études. Cette rencontre sera l’occasion de réunir les membres de l’axe autour des travaux menés par les 3 groupes de travail et de partager leurs premières avancées. Ces échanges porteront sur les méthodologies de l’évaluation, les liens entre évaluation et démocratie, ainsi que sur la manière dont l’évaluation contribue au pilotage des politiques publiques. Cette journée permettra ainsi de mettre en discussion différentes approches et de faire émerger des pistes de réflexion communes sur les pratiques et les enjeux de l’évaluation des politiques publiques.
[Journée d’études] Co-construire avec les publics : cadres et enjeux pour légitimer l’action publique – Vendredi 23 octobre, IAE de Poitiers
L’axe 1 du R3-LPP, portant sur la coproduction des politiques publiques, organise sa première journée d’études autour de la question des publics des politiques publiques. Cette rencontre permettra aux membres de l’axe de se réunir et d’aborder la place qu’occupent les publics dans l’élaboration et la mise en œuvre de l’action publique, la manière dont ils sont définis et par qui, ainsi que la prise en compte de leurs attentes et de leurs besoins.