Anne Debrosse, Maîtresse de Conférences en Langue et Littérature Grecques et en Littérature Comparée, Laboratoire FoReLLIS
MascuCrea est l’acronyme pour « Puissance et capacité créatrices au masculin : imaginaires et représentations (Antiquité – époque contemporaine). » Le projet part d’un constat et d’une interrogation. Le constat : on s’est documenté sur l’invisibilisation des femmes de multiples manières, en exhumant des créatrices oubliées, et en cherchant à démonter les mécanismes de leurs invisibilisation. Parallèlement, de plus en plus de femmes occupent des postes majeurs, les inégalités diminuent d’années en années depuis l’accélération donnée aux droits des femmes depuis le début du XXe siècle. Cependant, un certain nombre d’inégalités persistent et s’érodent très lentement. Bien plus, les entreprises nécessaires de réhabilitation et de mise en valeur des femmes semblent ne pas suffire, dans la mesure où les clichés misogynes et sexistes perdurent – exacerbés dans les discours masculinistes contemporains – ainsi que les discriminations (Francis Dupuis-Déri, dans La crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace, 2018, commence son livre en détaillant ces discours et ces persistances). Les recherches sur le corps montrent pourtant qu’il n’y a pas de différences entre les sexes qui justifient une telle différence dans les rôles sociaux et genrés (voir par exemple Mon corps a-t-il un sexe ? Sur le genre, dialogues entre biologies et sciences sociales d’Évelyne Peyre et Joëlle Wiels, 2015) et celles sur l’histoire, que les femmes ont pu remplir des postes ou des fonctions importants par le passé, même si elles en étaient le plus souvent exclues.
Il faut donc aller chercher du côté du symbolique pour comprendre les raisons de ce phénomène durable et tenace. Si l’on écoute les discours masculinistes contemporains et sexistes anciens, les capacités des femmes sont variables. Voltaire dit même qu’elles ne manquent pas de capacité intellectuelles ou combattantes : « On a vu des femmes très savantes comme il en fut de guerrières, mais il n’y en a jamais d’inventrices » (Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764). Si l’on peut résumer les choses avec un seul terme, anachronique pour les temps anciens, elles manquent globalement de capacité créatrice, au sens plein. Voilà une opinion partagée par beaucoup pendant longtemps, et encore par certain·es aujourd’hui. En fait, la création, au sens fort, est souvent indexée sur et définie par des valeurs considérées comme masculines, ce qui écarte d’autres possibilités créatrices et limite la définition.
C’est à étudier ce phénomène que s’attachera le projet MascuCrea, qui regroupe huit laboratoires (dont cinq de l’UP et un d’une université partenaire EC2U, Salamanque), quatre institutions et organismes de la vie civile (Sciences en mouvement d’Elles, le CIDFF 86, l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et le musée Sainte-Croix) et qui est en lien avec les actions de la mission égalité de l’UP. Le projet, d’une durée de 18 mois, comportera trois journées d’étude et un webinaire (de janvier 2026 à mars 2027).
Alexis Cukier, Maître de Conférences en Philosophie morale et politique, Laboratoire MAPP
Le projet de recherche que je développe dans le cadre de ma délégation à l’Institut Universitaire de France porte sur les conséquences de la crise écologique sur le travail, qu’il s’agisse de la dégradation de la santé au travail, des nouvelles régulations environnementales ou des mobilisations de travailleurs et travailleuses pour dépolluer, décarboner et rendre plus soutenables leurs activités[1]. A cet égard, parmi les initiatives les plus intéressantes ces dernières années, on trouve les alliances nouées par des syndicalistes avec des collectifs habitants et mouvements écologistes pour s’opposer aux décisions de leurs employeurs, privés ou publics, qui leur paraissent contraires à une véritable transition écologique. En Europe, c’est le cas par exemple des travailleurs du collectif ex-GKN de Campi Bisenzio en Italie, qui, confrontés à leur licenciement, ont travaillé avec leurs alliés écologistes et universitaires à un projet de reconversion écologique de leur usine de construction automobile vers la fabrication de panneaux solaires et de vélos-cargos. En France, je m’intéresse en particulier à l’alliance des travailleurs forestiers de l’Office Nationale des Forêts, et notamment les membres des syndicats Snupfen Solidaires et CGT Forêt, avec des collectifs habitants et écologistes locaux et nationaux (parmi lesquels Réseaux pour des alternatives forestières et SOS Forêt France) autour de « L’Appel pour des forêts vivantes ».
Ces syndicalistes, mobilisés contre les prescriptions extractivistes et productivistes de l’État qui les considèrent comme des producteurs de bois plutôt que des verdisseurs de nature, ont coopéré avec des chercheurs en psychodynamique du travail pour réfléchir au sens écologique de leur travail, et avec des militantes et militants écologistes pour faire le lien entre la dégradation de leurs conditions de travail et la dégradation des forêts due au réchauffement climatique. Ils et elles ont pu ainsi relier leurs savoir-faires de métier (la « sylviculture irrégulière ») au projet de « forêts vivantes », entretenues et soignées pour réaliser d’abord leurs fonctions écosystémiques, et ensuite leurs fonctions économiques et sociales. On peut mentionner aussi les mobilisations et contre-propositions syndicales et écologistes contre les projets de TotalÉnergies pour le site de raffinerie de Grandpuits en Seine-et-Marne, contre les mégabassines en Nouvelle-Aquitaine ou contre le projet logistique Green Dock en Seine-Saint-Denis.
Ces expériences, qui relèvent de ce que je nomme l’« écosyndicalisme », sont porteuses de logiques nouvelles et prometteuses concernant la redéfinition conjointe des besoins par les habitantes et habitants et des processus de production par les travailleuses et travailleurs, le dépassement de l’opposition entre emploi et climat, le renouvellement du droit du travail d’un point de vue écologique, et l’invention de formes de planification écologique à la fois démocratiques et respectueuses du travail réel. C’est notamment à partir de ces alliances que je propose de concevoir une « écologie politique du travail » pour contribuer à penser les voies de la nécessaire bifurcation écologique de nos sociétés.
[1] Pour un premier aperçu, voir Alexis Cukier, David Gaborieau et Vincent Gay (dir.), Dossier « Travail et écologie », Les Mondes du travail, n°29, 2023.
Thomas Boyer-Kassem, Maître de Conférences en Philosophie des Sciences, Laboratoire MAPP
Lorsqu’une majorité d’experts soutient la même position, cette convergence est généralement perçue comme un signe fort de crédibilité et une invitation à lui accorder sa confiance. De nombreux comités d’expertise scientifique adoptent d’ailleurs leurs recommandations selon une règle de majorité, comme l’ECHA, qui apporte à l’Union Européenne une expertise scientifique pour encadrer les substances chimiques. Or il existe de bonnes raisons de penser que compter les experts, et s’intéresser à la position de la majorité d’entre eux, n’est pas la meilleure façon de tenir compte de leurs avis.
Considérons l’argument suivant. Face à deux recommandations A et B, les experts disposent généralement d’avis plus riches et nuancés que leur simple vote pour l’une ou l’autre. Par exemple, une experte peut estimer A « Passable » et B « Bien », ce qui la conduit à choisir B. Le tableau 1 présente un exemple des avis nuancés, que l’on peut appeler des « mentions », émis par trois experts ; selon la règle de majorité, c’est la recommandation B qui l’emporte. Considérons maintenant les mentions attribuées à chaque recommandation : A reçoit « Excellent », « Bien » et « Passable », tandis que B reçoit « Très Bien », « Bien » et « Passable. Prises dans leur ensemble, ces mentions donnent une appréciation globalement meilleure de A. Autrement dit, si l’on prend au sérieux toute la richesse des avis des experts, c’est A — et non B — qui apparaît comme la mieux évaluée par le groupe. La règle de majorité échoue à identifier la meilleure option.
Par quoi la remplacer ? Le projet que je développe, avec le soutien de l’Institut Universitaire de France, s’inspire de travaux en théorie politique pour les transposer au monde de la science, de l’expertise et de la connaissance. Concrètement, les experts sont invités à attribuer une mention à chaque option, comme dans le tableau 1, puis les options sont classées sur la base de l’ensemble des mentions recueillies par chacune, à l’aide d’une méthode appelée le Jugement Majoritaire (Balinski et Laraki 2010). Cette méthode n’est pas construite au hasard, mais repose sur des propriétés théoriques bien justifiées : propriétés politiques dans les travaux de Balinski et Laraki, propriétés scientifiques ou liées à la connaissance dans le cadre de mon projet. Cela ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour agréger des avis individuels d’experts ou synthétiser l’état des connaissances dans un domaine. Plutôt que de compter les experts pour identifier une majorité, comptons les mentions attribuées à chaque option !
Référence : Balinski, M. et R. Laraki (2010), Majority Judgement: Measuring, Ranking and Electing, MIT Press.
Biographies, trajectoires, témoignages. Une historiographie de l’histoire de l’art médiéval en France (XXe-XXIe s.)
Cécile Voyer, Professeure des universités en Histoire de l’Art et Archéologie, Laboratoire CESCM
L’histoire de l’art médiéval en France, qui se structure dès la fin du XVIIIe siècle et se consolide au XIXe avec l’institutionnalisation de la discipline, traverse aujourd’hui un moment critique. Si ses chercheurs ont su imposer des méthodes positivistes et formalistes, y compris à l’international dès les années 1930, la discipline peine depuis les années 1980 à intégrer pleinement les évolutions conceptuelles et méthodologiques majeures des sciences humaines et sociales. L’influence de la « Nouvelle Histoire », de l’anthropologie historique, des Cultural Studies, du Linguistic Turn, des Gender Studies, de l’Animal Turn ou du Material Turn reste partielle, tandis que l’archéologie du bâti, les Visual Studies et les outils numériques n’ont été assimilés que tardivement. Cette stagnation a conduit à une crise disciplinaire documentée par des chercheurs anglo-américains et européens. Comprendre les causes profondes de cette crise et proposer un renouveau méthodologique et épistémologique constitue le cœur de notre projet.
Le projet HISTHISTART (ANR axe 6), coordonné par Arnaud Timbert (Université Picardie Jules-Verne), Quitterie Cazes (Université Toulouse Jean-Jaurès) et Cécile Voyer (Université de Poitiers) entend offrir une réflexion collective et historiographique, sur une période jusqu’ici insuffisamenr explorée, le XXe et le début du XXIe siècle. Il s’appuie sur des sources inédites – correspondances, entretiens, témoignages – pour analyser l’évolution des pratiques, des méthodes et des choix scientifiques des historiens de l’art médiéval. En documentant ces trajectoires, il mettra en lumière les dynamiques invisibles dans les publications et favorisera un recul critique sur la discipline.
Le projet se structure en trois volets complémentaires :
Dictionnaire biographique des historiens de l’art médiéval actifs au XXe et XXIe siècles, permettant d’inventorier et de contextualiser les trajectoires individuelles et collectives de la discipline.
Entretiens avec les acteurs contemporains de la discipline, visant à documenter les pratiques et méthodes sur le terrain, et à révéler les choix épistémologiques qui sous-tendent la production scientifique.
Collecte de témoignages, pour préserver la mémoire institutionnelle et intellectuelle de la discipline, en restituant les évolutions souvent invisibles mais cruciales dans l’histoire de l’art médiéval.
L’intérêt scientifique du projet est multiple : il permet d’identifier les forces et les limites des approches passées, d’analyser l’impact des transformations sociales et technologiques sur les pratiques disciplinaires, et de constituer une base empirique solide pour repenser l’avenir de l’histoire de l’art médiéval. Il crée également un outil pérenne pour la recherche et l’enseignement, en offrant aux jeunes chercheurs et aux institutions une cartographie claire des acteurs, méthodes et réseaux de la discipline.
Enfin, ce projet a une portée épistémologique et stratégique : il favorise un renouveau conceptuel, stimule l’innovation méthodologique, et contribue à renforcer la visibilité et la cohérence d’une discipline qui, depuis plus de deux siècles, constitue un pilier de la recherche historique et artistique française. Par sa méthode, son corpus inédit et son approche transversale, le projet constitue un levier majeur pour revitaliser l’histoire de l’art médiéval, renforcer la transmission des savoirs et stimuler l’innovation méthodologique et conceptuelle dans une discipline en pleine mutation.
Le mascaret, un phénomène naturel à modéliser, d’hier à aujourd’hui (XVIIIe-actuel)
Thierry Sauzeau, Professeur des universités en Histoire moderne, Laboratoire Criham
Carte de la rivière de Gironde
Le Criham continue de faire vivre une école d’histoire maritime, discipline dont le doyen Prosper Boissonnade a été l’un des pionniers français dans les années 1920. Aujourd’hui, les études maritimes s’inscrivent dans la pratique de la pluridisciplinarité. Le Criham en est pleinement partie prenante, à l’échelle nationale en tant que laboratoire fondateur du groupement d’intérêt scientifique (GiS) Humanités et sciences de la Mer, et à l’échelle régionale comme point d’appui du R3 Rivages de la Nouvelle-Aquitaine, réseau dédié à l’étude de l’érosion et la submersion. Les phénomènes naturels possèdent en effet une histoire que les sciences de la nature et les sciences physiques appréhendent imparfaitement, alors même que la temporalité, la fréquence ou la tendance dans laquelle s’inscrivent ces phénomènes sont d’une importance cruciale pour leur étude actuelle. C’est d’autant plus important dans un contexte de changements environnementaux.
Ainsi en va-t-il du mascaret, phénomène naturel qui se produit sur plusieurs dizaines de fleuves, rivières et baies dans le monde. Le phénomène correspond à une brusque surélévation du niveau de l’eau d’un fleuve d’un estuaire, provoqué par l’onde de marée montante lors des pleines mers de vives eaux, communément nommées grandes marées. Dans la région Nouvelle-Aquitaine, le phénomène est observé sur la Dordogne et secondairement sur la Garonne et la Charente. Sa fréquence, son ampleur et le rapport entretenu par les populations riveraines avec ce phénomène ont laissé des traces littéraires, juridiques et d’observation instrumentale à travers le temps. Il s’agit cependant d’un phénomène variable, conditionné par la météorologie du bassin versant, la bathymétrie du fleuve, la configuration des berges soumises à des aménagements croissants.
A Poitiers, l’institut P’ spécialisé dans la mécanique des fluides a choisi de s’intéresser à ce phénomène sur lequel les spécialistes de sciences numériques et physiques ont depuis longtemps nué le dialogue autour de ce sujet de recherche. Tous les deux membres du R3 Rivages, P’ et le Criham se sont rapprochés et l’équipe s’est étendue aux sciences humaines via l’histoire de l’environnement. Des réponses pluridisciplinaires à l’appel à projets ANR ont ainsi été déposées en 2023, 2024 et 2025 et le programme Bathymétrie et Barre à flot (BaBa) n’a cessé de s’enrichir en répondant aux observations des évaluateurs. Il a été honoré en 2025, pour un démarrage début 2026.
Au sein de ce programme, le Criham va pouvoir s’appuyer sur ses spécialités, le traitement numérique des cartes et des plans anciens, l’analyse évolutive de la bathymétrie et du tracé des rivages, l’encadrement juridique, économique, politique des activités et événements connectés à la dynamique du mascaret. Au temps de la marine à voile, le phénomène était difficile à prévoir et constituait un danger pour la navigation. De même, les populations riveraines ont dû se prémunir contre un risque de submersion d’autant plus fort quand les grandes marées survenaient durant des épisodes de pluviométrie intense. Actuellement, le mascaret est devenu une attraction récréotouristique qui rassemble des centaines de spectateurs et de surfeurs en Dordogne.
Le rôle du Criham va donc consister à fournir tout un ensemble d’éléments utiles au paramétrage des géométries de canaux, pour les mécaniciens des fluides. Il recevra en retour une image numérique et dynamique des effets des mascarets anciens sur leurs environnement, aujourd’hui dégradés voire disparus. Toute une génération de jeunes chercheurs (master, doctorat, post-doctorat) va ainsi pouvoir participer à un programme réuni autour d’un plateau scientifique d’ampleur inhabituelle.
ANR « PASSIM »: quand la culture populaire réinvente le passé
Jessy Neau, Maîtresse de conférences en Littératures comparées, Laboratoire FoReLLIS
Comment les séries, jeux vidéo, mangas ou romans contemporains façonnent-ils notre vision du passé ? C’est tout l’enjeu du projet de recherche PASSIM (« Passés imaginaires»). Porté par Anne Besson (Université d’Artois), ce projet vise à analyser les représentations littéraires et médiatiques des grandes périodes historiques. Dépassant le cadre du « médiévalisme » qui a déjà fait l’objet de plusieurs travaux, PASSIM élargit l’étude à trois autres ères majeures : l’Antiquité, la Modernité (XVIe-XVIIIe siècles) et le long XIXe siècle. L’objectif final est la publication d’une série de Dictionnaires illustrés des imaginaires historiques, véritables ouvrages de référence, ainsi que la tenue d’expositions et de colloques transversaux sur les mécanismes de la mémoire et du cliché historique dans la culture populaire.
L’Université de Poitiers et le FoReLLIS au cœur du projet
L’université de Poitiers est l’un des quatre partenaires majeurs du projet, avec les universités d’Artois, de Lorraine et de Rouen. L’équipe « XIXe siècle imaginaire » est pilotée depuis Poitiers par Jessy Neau (MCF Littératures comparées, FoReLLIS). Elle associe plusieurs chercheurs du laboratoire FoReLLIS, dont Émilie Pézard (MCF Littérature française) et Marius Hentea (PR Études anglophones), pour décrypter la persistance et les réinventions du XIXe siècle dans nos fictions actuelles.
Une sociologie du bricolage et de la culture technique
Frédéric Chateigner, Maître de conférences en Science politique, Laboratoire CITERES et Mathias Millet, Professeur des universités en Sociologie, Laboratoire GRESCO
Trop de bricolage
L’ANR PLACO (Pratiques, Lieux et Acteurs de la Culture technique Ordinaire), sous la direction de Frédéric Chateigner (Université de Tours) et Mathias Millet (Université de Poitiers) porte sur la culture technique ordinaire, c’est-à-dire sur les pratiques consistant à fabriquer, réparer, entretenir, bricoler et décorer des objets au quotidien. Interrogées sous l’angle du bricolage et de la décoration domestiques, ces pratiques constituent une forme de culture technique ordinaire qui a peu retenu l’attention des sciences sociales, malgré son importance matérielle et symbolique dans le quotidien des ménages français. La recherche s’est jusqu’ici concentrée sur la culture propre à l’enseignement professionnel ainsi que sur des pratiques militantes relativement rares et expertes. En contribuant à combler cette lacune, nous considérons que les pratiques de bricolage et décoration constituent un prisme permettant d’interroger les relations de genre et de génération et les rapports au savoir, au travail, aux loisirs et à la culture matérielle. La recherche aborde cette culture technique ordinaire à la fois comme une pratique différenciée, comme une compétence susceptible d’acquisition et de transmission et comme une cause mobilisant divers acteurs. Un premier axe de la recherche concerne les pratiques de bricolage-décoration dans un cadre familial ; il repose sur des entretiens approfondis avec une sélection de familles de milieux variés et sur un questionnaire auprès des clients et clientes de magasins spécialisés. Un second axe s’attache aux modes de transmission, avec un terrain ethnographique sur les vendeurs et vendeuses de ces enseignes et une analyse de l’offre de « tutos » en ligne. Un troisième axe s’arrête sur la culture technique ordinaire comme objet de mobilisation, à travers une socio-histoire des discours promouvant ses vertus éthiques et politiques et une ethnographie localisée des pratiques de bricolage-décoration dans l’éducation populaire auprès des enfants et des adultes. Le projet est porté par un consortium associant le GRESCO (Poitiers) et l’UMR CITERES (Tours-CNRS). Il réunit des sociologues, politistes, spécialistes de sciences de gestion, sciences de l’éducation et de STAPS, une ingénieure en méthodes quantitatives, ainsi qu’un.e doctorant.e et un.e post-doctorant.e.
Membres de l’équipe : BELDJERD Sofian, BOIS Géraldine, CAMUS Jérôme, LAMAMRA Nadia, LOUSTALOT Arnaud, MASCLET Olivier, RENARD Fanny, SANTOS ARAUJO Dina, TABOIS Stéphanie, VAQUERO Stéphane.
Retours sur événements
Samouraïs et chevaliers à l’écrit et l’écran, cultures des mondes médiévaux et de la première modernité : regards croisés sur les enjeux historiques, mythologiques et artistiques
Pascale Drouet, Professeur de littérature britannique des XVIe et XVIIesiècles, Laboratoire CESCM et Anne-Marie Costantini-Cornède, Maîtresse de Conférences en Droit anglais et américain, Laboratoire PRISMES
Co-organisé par Pascale Drouet (Université de Poitiers / CESCM UMR 7302) et Anne-Marie Costantini-Cornède (Université de Paris Sorbonne-Nouvelle / PRISMES EA 4398), le colloque international qui s’est tenu à l’Université de Poitiers (Hôtel Berthelot) les 16 et 17 octobre, sur « Samouraïs et chevaliers à l’écrit et l’écran, cultures des mondes médiévaux et de la première modernité : regards croisés sur les enjeux historiques, mythologiques et artistiques » a réuni des universitaires d’horizon divers (universités de Lille, de Paris, de Besançon, de Strasbourg, de Zaragoza, de Bochum, de Nivelle, de Knoxville). Ces 16 intervenants ont exploré les potentiels points de jonction et les passerelles culturelles possibles entre les figures légendaires du samurai et du chevalier à l’époque médiévale et renaissante, telles que représentées dans les productions littéraires, picturales et cinématographiques.
Ont été abordés, en 4 volets, les grands enjeux historiques et chronologiques, idéologiques et mythologiques, culturels et artistiques, selon les thèmes suivants : 1) aspects matériels, artefacts, armes et armures ; 2) rites et pratiques quotidiennes, religieuses et culturelles ; 3) valeurs spirituelles ou ambiguïtés éthiques ; 4) apports esthétiques spécifiques de la représentation artistique pour la construction du légendaire.
L’expression « Japon féodal » désigne la période incluant trois shogunats et les guerres féodales du Sengoku jidai au XVIe siècle, inscrite entre la fin de l’ère Heian (710-1185) et celle de l’ère Edo ou de la dynastie Tokugawa (1603-1868) qui voit le déclin progressif de la caste, suivi de son abolition au début de l’ère moderne du Meiji (1868-1912). Les samouraïs, formant une élite sociale cultivée, conçoivent les arts de la guerre comme associés à des valeurs élevées (honneur, bravoure, loyauté, sacrifice de soi) ancrées dans des socles religieux et spirituels locaux. La chevalerie occidentale, pour la période comprise entre les IXe et XVIe siècles, a été abordée à l’aune de ses faits d’arme, de ses liens avec la religion, de la valeur symbolique de ses atours, des principes et des valeurs signant un « comportement chevaleresque » (glorification de la violence, de la mort ou du martyre), ou encore de la façon dont les fictions littéraires ont contribué à la codification progressive des règles de la caste.
L’exploration des remédiations opérées par les arts visuels (ukiyo-e, arts graphiques et tatouages, adaptations cinématographiques) a donné lieu à diverses analyses idéologiques et esthétiques, notamment de « jidaigeki » (films d’époque) souvent critiques du Bushido (Kurosawa, Imai, Kobayashi) ou à des analyses interculturelles contrastives (Welles, Kurosawa).
La projection, au cinéma Le Dietrich, de Yojimbo (1961) d’Akira Kurosawa, film à la charnière du western, du film d’époque et du film noir, a été suivie d’un entretien entre Anne-Marie Costantini-Cornède et Jean-Luc Terradillos (rédacteur en chef de la revue Actualité Nouvelle Aquitaine), et d’une discussion avec le public. Ces manifestations, riche d’échanges scientifiques et conviviaux, ont permis de questionner l’existence implicite d’une « trans-éthique » universelle. Les organisatrices souhaitent remercier pour leur soutien le cinéma Le Dietrich, le CESCM, l’UFR Lettres et Langues, l’Université de Poitiers, la Région Nouvelle Aquitaine et le Marco Institute for Medieval and Renaissance Studies (University of Tennessee, Knoxville).
Littératures européennes en jeu vidéo : expérience de lecture ludiques
Alina González Mediano (Docteure associée en Didactique de la littérature, FoReLLIS), Laura García Almeida (Maîtresse de conférences en Études hispaniques, MIMMOC), Diana Crețu-Milogo (PRAG, Maison des Langues et chercheuse FoReLLIS) et Ana Egea Pérez (doctorante en civilisation espagnole, MIMMOC)
Photo 1. Notes de travail de l’atelier sur Eveline
Les enjeux de ces deux journées d’études inédites (25 et 26 septembre 2025) étaient d’observer et d’analyser la rencontre des joueurs avec les adaptations des romans La Bête humaine, Eveline et Don Quichotte en jeu vidéo. En tête à tête avec les adaptations transmédiales, des enseignants, enseignants-chercheurs, doctorants, documentalistes FEI, IA-IPR Français et Espagnol, des programmeurs de l’IUT de Bobigny, des docteurs du Cnam et des membres du British Council ont bénéficié d’un temps privilégié de lecture expérientielle, dont ils ont ensuite rendu compte dans un carnet d’expérience du ludant. Ce livrable de la 1ère journée, conçu dans les locaux de FEI à Sèvres, a été nourri d’apports théoriques, lors des conférences pluridisciplinaires des chercheurs et des enseignants formateurs invités de France et de l’international (Suisse, Salamanque, Bologne et Mexique).
Les observables (items) formulés par les trois groupes de travail visaient à mettre en exergue les aspects importants d’une lecture instrumentée, pratiquée dans l’univers ludique de chaque jeu vidéo. Le carnet a servi d’outil de travail aux enseignants-observateurs le lendemain, à la MSHS de Poitiers, lors des sessions de play-test réalisées avec les élèves des Lycées Victor Hugo et Kyoto (Poitiers), les étudiants en L2 Psychologie (formés en Anglais LANSAD à la Maison des Langues) et ceux des Master LLCER (Anglais, Espagnol) et Master MEEF PLC (Espagnol) à l’INSPE.
Photo 2. Session de play-test des élèves et des étudiants à la MSHS
À la fin de la matinée, les participants ont plébiscité leur jeu favori et celui dont l’univers faisait plus écho au texte littéraire original. Leurs retours d’expérience ludique ont complètement déjoué les pronostics des enseignants-observateurs, pour certains peu acculturés aux pratiques de jeu vidéo et craignant une prise en main difficile du jeu et des connaissances. Enfin, un après-midi de conférences en deux temps – des ancrages théoriques mettant en avant les enjeux linguistiques et culturels des textes authentiques présents dans le gameplay des jeux; des témoignages des expérimentations de La Bête humaine (LBH 2.0 et LBH 3.0) en classe de FLE à l’Université de Salamanque – ont clôturé la rencontre avant un moment de convivialité lors d’une exposition interactive.
Et après ?
Photos 3 et 4. Résultats des votes des participants
Puisque le propre d’un jeu vidéo est de permettre de recommencer la partie, un nouveau rdv a déjà été pris le 26 février 2026 à la MSHS. Cet after prolongera la rencontre avec Pippin Barr, créateur du jeu Eveline (Enseignant-chercheur à l’Université de Concordia, Montréal), afin d’approfondir, lors de la table ronde inaugurale, le processus d’adaptation des textes littéraires. Deux autres conférencières invitées, Isabelle Capron Puozzo et Aleksandra Vuichard (enseignantes-chercheuses à la Haute École pédagogique du Valais, Suisse) se prêteront au jeu d’une conférence expérimentale sur la question de la créativité enseignante. Enfin, Anaïs Guilet (Maîtresse de conférences à l’Université de Savoie Mont Blanc) abordera la médialité à travers la notion de littérature squatteuse.
Retour sur les premières Assises de la recherche-création à Poitiers
Sidonie Manceau, Paul Couzinet, Morgane Houard, étudiants en deuxième année de master Littératures et Culture de l’Image, stagiaires au laboratoire FoReLLIS
L’unité de recherches FoReLLIS (Université de Poitiers) a accueilli le 2 octobre 2025 la première édition des « Assises de la Recherche-Création », organisée par Sophie Aymes-Stokes, Robert Bonamy, Charlotte Krauss et Shirley Niclais. L’objectif était de mettre en avant les objectifs, les enjeux et les résultats de cette approche qui, bien installée au Canada, par exemple, prend une place grandissante dans le monde de la recherche français. La recherche-création, actuellement beaucoup mise en œuvre dans des projets de thèses, vise à mettre en avant un dialogue entre la recherche et une pratique artistique ; les deux se complètent et se nourrissent mutuellement. Cette pratique peut également permettre de rendre plus accessible à un grand public des contenus complexes en variant les supports de diffusion et en utilisant le langage artistique pour exprimer et accompagner le discours scientifique.
La journée a débuté par les présentations des thèses en recherche-création de neufs doctorants dans trois domaines de recherches différents, le cinéma, travaillé par Cyril Lafon (Poitiers), Rosalie Tenaillon (Poitiers) et Malou Six (Paris 8), le théâtre, pratiqué par Eloïse de Nayer (Poitiers), Lorelei Dupé (Bordeaux) et Mona Recordier (Rennes), ainsi que la bande dessinée, portée par Lucie Périneau (Poitiers), Farideh Tehrani (Poitiers) et Dream Chen (Poitiers).
La matinée s’est poursuivie avec une table ronde animée par Sophie Aymes-Stokes autour du sujet : “Un regard sur d’autres champs disciplinaires”. Cela a permis d’élargir la réflexion à trois autres champs disciplinaires : la littérature avec Michelle Ryan (Angers), la musique avec Cécile Auzolle et la photographie grâce à Anne-Cécile Guilbard.
La première partie de l’après-midi était consacrée à une table ronde animée par Charlotte Krauss autour de l’organisation pratique des thèses en recherches création : François Brizay, directeur de l’ED Humanités, a ainsi présenté la place des écoles doctorales dans l’accompagnement des thèses de recherche-création ; Barbara Turquier (Fémis) a présenté les thèses SACRe et Svetlana Gencheva (artiste en animation) les enjeux et perspectives internationales de la recherche-création.
La seconde partie de l’après-midi a permis d’enchaîner trois petites tables rondes autour des pratiques de différents chercheurs de l’Université de Poitiers, essentiellement autour de la bande dessinée, du cinéma et des arts de la scène. Pour conclure la journée, l’Université a organisé une projection du film d’Athanasios Vassiliou, Lo, racontant le retour en Grèce du réalisateur. Il y affronte le deuil de sa mère et mène une enquête sur les relations entre son père et la dictature grecque.
Ces premières Assises de la Recherche-Création ont connu un franc succès. De nombreux étudiants et professeurs intéressés ou pratiquants de la recherche-création sont venus y assister, au point que la salle prévue à cet effet ne permettait pas à tout le monde de s’y asseoir. Il est aisé de retenir de cette journée le grand intérêt porté à cette approche et l’importance de l’organisation de journées de ce type. De telles manifestations pourraient permettre à la recherche-création de s’affirmer pleinement dans le monde de la recherche.
Réseaux
Le 3RBD organise deux évènements autour de la bande dessinée à la MSHS de Poitiers ce mois-ci :
Le vendredi 4 décembre aura lieu à partir de 14h deux tables rondes autour de la BD Starter Pack de la sexualité qui a été réalisée avec le soutien financier de la Ligue Contre le Cancer.
Le mardi 9 décembre ce sera le procès de la redoutable Kriss de Valnor de la série Thorgal de Yves Sente et Giulio de Vita à partir de 14h qui sera jugée par les étudiant.es des masters d’Histoire publique, de Bande Dessinée et de Criminologie-Victimologie.
Le nouvel épisode de Pignon sur Bulles est sorti ! Ce numéro intitulé « Quand la BD réveille l’Antiquité » fait part d’un échange entre Marie Lonni, réalisatrice du podcast, et Julie Gallego, maîtresse de conférences en langue et linguistique latines à l’université de Pau et des pays de l’Adour. Pour tous les écouter, c’est ici : https://3rbd.labo.univ-poitiers.fr/podcast/.
Pauline Gounelle – Coordinatrice technique du 3RBD NA
Le réseau lance les groupes de travail liés à ses axes de recherche. Ces groupes pluridisciplinaires permettront de favoriser les échanges entre chercheurs, chercheuses, acteurs et actrices des politiques publiques ou encore du milieu socio-économique, et faciliter la mise en place d’actions collectives au sein du réseau.
Axe 1. Coproduction des politiques publiques
Depuis plusieurs années, les politiques cherchent à restaurer la confiance démocratique en associant davantage la société civile à la conception des politiques publiques, au travers de dispositifs tels que la convention citoyenne, les consultations publiques ou encore les budgets participatifs. Si cette tendance témoigne d’une volonté de renouveler les formes de gouvernance, elle révèle cependant les limites de la démocratie représentative. Cet axe vise ainsi à rassembler les différentes disciplines scientifiques autour de la coproduction des politiques publiques, dans le but de réaliser de manière collective et interdisciplinaire une revue de la littérature sur ces questions et d’explorer le rapport entre coproduction et légitimation des politiques publiques. Sur la base de ce travail, des dialogues seront engagés dans un premier temps avec des acteurs de la région Nouvelle-Aquitaine (politiques, administratifs, société civile) et, dans un second temps, avec des acteurs nationaux.
L’évaluation des politiques publiques est devenue une pratique courante en France comme dans les démocraties occidentales. Bien que les approches varient selon les disciplines et que les travaux restent encore souvent cloisonnés, elle demeure incontestablement pluridisciplinaire : économistes, juristes, sociologues, politistes, gestionnaires y contribuent, chacun avec ses méthodes et perspectives. Cet axe vise ainsi à rassembler ces chercheurs et chercheuses afin de se concentrer sur :
– La mise en discussion puis la synthèse de leurs acquis de recherche respectifs
– L’élaboration d’une méthodologie d’évaluation combinant les meilleures composantes des différentes approches recensées
– La présentation et discussion de cette méthodologie à une diversité d’acteurs de la Région Nouvelle-Aquitaine et au-delà (commanditaires publics, administratifs, société civile)
Si les pouvoirs publics ont toujours communiqué sur leurs actions, les outils et les médias, quant à eux, ont considérablement évolués. Ces transformations ont profondément modifié les moyens de communication, que les sciences humaines et sociales ont étudiées, sans toutefois proposer une analyse globale de la communication dans l’action publique. Cet axe de travail vise à créer un espace interdisciplinaire associant chercheurs et praticiens (collectivités, médias, agences de communication) pour explorer ces enjeux, autour de questions comme :
– La confiance dans l’information sur les politiques publiques
– Les publics cibles de cette communication
– Ou encore le rôle du langage et du discours dans la construction de ces informations